Notte in musica, faire entendre le corse autrement

Autour du groupe Notte, l’association Notte di Corsica 2005 entend défendre la langue et la culture corses dans une optique résolument contemporaine. Quand sons électriques et effets numériques bousculent la tradition pour l’empêcher de s’assoupir.

Notte in musica 2005, c’est un regard différent sur la musique, le patrimoine et la langue corses. Lors de l’été 2000, des musiciens issus de divers horizons musicaux se regroupent pour en proposer une image différente, plus contemporaine. « Une voie d’épanouissement originale, dit Ghjuvan Francescu Ottavi, un des principaux initiateurs de cette démarche. Une culture vivante est une culture qui vit avec son temps et se régénère. La polyphonie est une ressource très riche mais très particulière et difficilement accessible à tous, or elle est l’emblème de la musique corse aujourd’hui. A côté de cela, tout un patrimoine de musiques instrumentales -violons, guitares, mandolines- est peu promu, ce qui est dommage ». De ce constat va d’abord naître un groupe musical, Notte, qui se veut résolument contemporain et déménageur. Et pour ce faire, pratique un grand brassage des styles et des sons. Dans son chaudron fusionnent le folk, la lounge, l’alternatif, la world music, les savoir-faire de chant et de pratique instrumentale insulaires. « Des sons électriques aux effets numériques sur des instruments et rythmes traditionnels, les pistes d’innovation sont vastes. Avec une priorité à des textes actuels. »
Cinq musiciens forment le noyau de base du groupe, où la moyenne d’âge se situe en dessous de trente ans. Une précision dont l’importance ne tient pas au diktat du jeunisme : « Il est primordial pour nous de montrer que la culture et la langue corses sont un atout d’avenir porté par des jeunes résolument inscrits dans le monde actuel et son évolution. » Message clair : s’exprimer en corse n’est pas le fait de quelques passéistes, pas davantage qu’un moyen commode de « siffler » les chèvres comme l’affirmait un petit-maître du persiflage. Un propos que partagent d’autres artistes, qu’ils soient musiciens, écrivains, dessinateurs ou photographes, qui vont donc rejoindre N
otte dans sa démarche, comme le dessinateur Battì que l’on retrouve chaque mois dans Corsica et qui assure les affiches du groupe ou la photographe colombienne Marcela Barrios.
Pour mieux poursuivre ses buts, une association s’est créée autour de Notte : Notte in Corsica 2005. « Elle a pour objet la promotion et la sauvegarde de la langue corse, l’aide à la création et à l’animation culturelle en milieu rural. » Sa première réalisation est la conception
puis la production d’un CD, sorti en juillet dernier, et dont le titre « Al dilà » résume bien les ambitions. Car plus qu’un album, « Al dilà » est une sorte de manifeste, l’affirmation d’une « démarche culturelle contemporaine d’ouverture sur le socle de l’identité et du patrimoine insulaire et latin ». Un message conçu pour toucher le plus large public possible, au delà de la Corse, en allant le chercher et le surprendre dans les lieux « branchés » où l’on s’attend à presque tout… sauf peut-être à entendre chanter le corse d’une façon si différente. Un propos qui a séduit non seulement des artistes, corses ou non, mais également de nombreuses entreprises insulaires qui ont soutenu ce projet : « leur aide logistique et financière représente 40 % du budget ». Prochaine étape, après une commercialisation dans l’île « obtenir une licence dans une major de l’industrie du disque » pour cet album conçu pour voyager et faire entendre une autre façon de défendre son patrimoine culturel.

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